biographie
Comment explique-t-on une carrière de quarante ans démarrée- la date est symbolique et significativement chargée d'énergie rénovatrice – en mai 68 et qui n'a jamais connu d'éclipse, traversé de désert, ni même souffert de baisse de régime ? Il faut pour cela invoquer des choses aussi mystérieuses que la grâce, l'émotion, la poésie, l'insolite, la séduction et un talent intemporels qui a permis à un créateur de traverser tous les âges de la vie sans jamais rompre ce fil magique qui le lie à un public où se fondent toutes les générations.
Son nouvel album « Où s'en vont les avions ? » ne rompt pas le charme. Il le voit continuer sa route en évitant les trappes sournoises de la redite et de l'auto-plagiat.
Les chemins nous sont évidemment familiers, les mélodies obéissent à une logique que nous connaissons, confortable et rassurante, mais nous entraînent encore vers des contrées nouvelles inventées par lui et ses compagnons de route.
Pour réaliser son disque, Julien Clerc a fait appel à Benjamin Biolay et Benedicte Schmitt. Son dernier album, »Trash Yéyé » l'avait séduit et impressionné. « J'aime chez lui ses références et ses irrévérences. Il connaît ses classiques et sait donc les déconstruire. » Et, au contraire de ses prédécesseurs, Benjamin Biolay a tout de suite compris qu'il ne fallait pas éloigner Julien de son oasis, de ce compagnon magique et fidèle qui le complète depuis toujours : son piano. « La première chose que Benjamin m'ait dite est que nous allions tout recentrer autour de mon piano. J'étais un peu déconcerté car j'ai toujours l'impression de ne pas jouer en place. Benjamin s'en fichait complètement, ce qui compte pour lui c'est le feeling. » Et il s'avéra que Julien Clerc était parfaitement à niveau et pouvait parfaitement rejoindre le club fermé des piano man entre Elton, Randy Newman ou William Sheller.
Douze chansons composent cet album. Pas de remplissage, que les chansons essentielles, qui font frissonner, émeuvent, intriguent ou dérangent. Julien a rassemblé une fois encore autour de lui sa garde rapprochée du verbe, sa dream team poétique.
On y retrouve Gérard Duguet-Grasser. Un personnage. Bourlingueur, il a vécu à New York et fréquenté les artistes de la beat génération. Il a aussi gagné sa vie au poker,
au backgammon. « Il a des fulgurances à la Roda. « Je pense à elle comme au Bon Dieu, sans trop y croire » c'est une phrase qu'aurait pu écrire Etienne, c'est une phrase qui voyage. »
Parmi les nouveaux venus, il y a Gérard Manset qui n'en est pas un mais dont le chemin n'avait jamais croisé artistiquement celui de Julien. « Nous nous connaissons cependant depuis longtemps. Notre premier disque était sorti le même jour, en mai 68, dans la même maison de disques. »
Carla Bruni lui a écrit « Déranger les pierres » qu'elle chante également sur son prochain album.
Entre deux séances d'enregistrement, Benjamin Biolay, touche à tout surdoué et magicien digital, a écrit deux chansons « Rue Blanche ,Le Petit Matin Bleu » et « Sous sa grande ombrelle ». « C'est impressionnant de le voir travailler, dit Julien. Il joue de tout. Il sait tout faire. En dix minutes, il torche trois parties de trombone, une de trompette. Il joue aussi du violon, de l'ukulélé et jongle avec les samples. Il ose des choses et quand ça ne me plaisait pas, il changeait tout dans la minute sans susceptibilité ».
Maxime Le Forestier a co-signé « Restons amants » qu'il reprend lui aussi – mais de façon totalement différente- sur son nouvel album et « Dormez », une berceuse que Julien lui avait commandée. David McNeil et Jean Loup Dabadie, vieux compagnons, sont également présents. « J'aime me promener sur des écritures toujours différentes, dit Julien Clerc, car elle me permettent de tracer mon sillon musical sans me lasser, en préservant toute sa fraicheur. »
Voici donc « Où s'en vont les avions ? » qui malgré son titre ne répond pas à la question. Le mystère reste entier et les cieux mystérieux.
On les imagine peuplés de patineurs, de petites fées, de sorcières malades et d'avions errants. Et c'est bien comme ça.